Montmartre le quartier des peintres est un lieu historique, vivant, animé et artistique. Montmartre a été le lieu de résidence de nombreux peintres de la fin du 19ème siècle au début du 20ème. Dans cet article, « Montmartre, le quartier des peintres », (re)découvrez quelques fameux tableaux sur la Butte Montmartre à cette époque.
Bal du moulin de la Galette, Pierre-Auguste Renoir, 1876
Habitant de la rue Cortot, puis du Château des Brouillards, Renoir aime peindre la vie quotidienne et ses instants joyeux. C’est ainsi qu’il obtient le surnom de « peintre du bonheur ».
Son coup de pinceau souple, mimant l’abondance de la vie; illustre ici le Montmartre festif à travers des nuances de bleu lors d’une guinguette.
Au Lapin agile, Pablo Picasso, 1905

Locataire du célèbre atelier d’artiste le Bateau-Lavoir, Picasso fait évoluer sa peinture à Montmartre. Il passe de la période bleue à la rose, puis au cubisme, avec Les Demoiselles d’Avignon en 1907. Ce mouvement voit ainsi le jour à Montmartre avec ses œuvres et celles de son ami Georges Braque.
Sur la Butte Montmartre, Picasso mène une vie de bohème et fréquente souvent les cabarets comme le Lapin Agile, qu’il représente ici dans son tableau datant de 1905.
Ce dernier fait écho à un drame qui se joua à Montmartre quelques années auparavant. Il marqua profondément sa peinture : le suicide de mon ami Carlos Casagemas, après qu’il eut cru avoir tué celle qui l’avait éconduit, Germaine Pichot, que le peintre représente ici. La tenue colorée et géométrique que l’artiste porte sur ce tableau appelle ses œuvres cubistes, notamment une série de 1923.
Boulevard Montmartre, Effet de nuit, Camille Pissarro, 1897

Admirateur de la beauté de la Ville Lumière, Camille Pissarro emménage au 12 rue des Saules, afin de peindre la capitale, telle qu’il la ressent, et non telle qu’il la voit. Il illustre ainsi le boulevard de Montmartre dans une série, un procédé propre à l’impressionnisme dont il est l’un des précurseurs.
L’œuvre ci-dessus se compose de touches, associées aux jeux des couleurs et des lignes structurantes, ne montrent pas, mais évoquent, la pluie, le vent, la nuit. Elles suggèrent aussi l’effervescence du boulevard, dont la profondeur pourrait se perdre dans celle du ciel, que la ville illumine, si ce n’est pas le contraire.
La Goulue arrivant au Moulin Rouge, Henri de Toulouse-Lautrec, 1892

Habitant et amoureux de la Butte Montmartre, de son foisonnement de vie, de ses milieux festifs, de ses danseuses de quadrille, de sa grandeur et de sa décadence, Toulouse-Lautrec aime définir la psychologie de ses modèles. Pour se faire, il dessine avec un style qu’il veut vrai, incisif et rapide la captation d’une posture et d’un mouvement. Le tableau que vous voyez ici représente la Goulue, une muse, et son amie de toujours.
Cette dernière, Louise Weber de son vrai nom, fut une des plus célèbres danseuses du Moulin Rouge. Son histoire, un peu à l’image de l’héroïne de Zola, Nana, est tragique. Elle fit les beaux jours des cabarets, les étincelant de son charme audacieux, tapant dans l’œil de tous les hommes, des jeunes peintres fauchés de Montmartre au prince du Royaume-Unis Édouard VII. Mais les années passèrent. Sa beauté s’estompa, l’argent vint à manquer, son mari, puis son fils, moururent. Le Moulin Rouge lui refusait alors sa scène. Sans le sous, elle vendait désormais, aux abords des cabarets, des cacahuètes et des cigarettes, jusqu’à sa mort, dans une roulotte à la périphérie de Paris, où elle recueillait, se privant elle-même, des animaux errants.
Le Lapin agile, Maurice Utrillo, 1938

Né sur la Butte Montmartre (vous pouvez assister à une visite guidée de sa chambre et son atelier d’artiste, qui était aussi celui de sa mère, Suzanne Valadon, au musée de Montmartre, quartier des peintres), Maurice Utrillo aime particulièrement peindre les monuments, les maisons et les rues de son quartier. Le peintre tente alors, dans un style délicat et élancé, de représenter sa réalité de ce quartier aux charmes pittoresques. Il utilise pour ce faire, des techniques singulières, comme le mélange de plâtre, de chaux et de sable afin de rendre ses blancs les plus expressifs possibles.
Jeune fille de Montmartre, Amedeo Modigliani, vers 1908

Modigliani quitte la Toscane à 22 ans pour Paris, lieu historique de toutes les libertés artistiques. Il y mène alors une vie d’excès, et se construit une petite maison sur le Maquis (la partie de Montmartre – l’actuelle élégante avenue Junot – où se retrouvaient ceux qui ne pouvaient pas payer de loyer).
Paris, les maîtres qui y sont exposés – en particulier Cézanne – la Butte Montmartre, les avant-gardistes cubistes qui y créent l’inspirent.
S’il partage avec ces derniers le goût des arts primitifs et certaines techniques, comme celle de rendre les volumes par la couleur, sa peinture, figurative, se concentre sur la représentation du visage humain, dont les yeux sont pour lui l’image de l’âme.
Son style caractéristique se trouve ici avec le tableau d’une jeune montmartroise, modèle et maîtresse. Un peu à l’image de Botticelli, l’artiste a voulu, par des traits fins et une profondeur du regard, peindre l’essence de la beauté, celle qui n’est faite que de pureté.
La Boîte à violon, Suzanne Valadon, 1923

Fille d’une blanchisseuse de la Butte Montmartre, Suzanne Valdon rêve de devenir une grande acrobate, mais un accident vient briser ce rêve. Elle se fait alors modèle pour Toulouse-Lautrec, son voisin de palier, qui voit du potentiel en ses dessins. Ce dernier en parle à Degas, qui l’encourage à faire sa première exposition.
Si les débuts sont difficiles (ils vivent, son fils Maurice, son compagnon et elle-même dans un tout petit appartement), elle connaît le succès quelques années plus tard, aidée par la marchande d’art Berthe Weil. Elle quitte alors la rue Cortot pour la désormais très prisée avenue Junot, et achète un château pour Maurice dans les environs de Lyon, afin de l’éloigner de l’éternelle ivresse qui habite Montmartre, quartier des peintres.
Ses œuvres, se rapprochant un peu de celles de Gauguin par l’utilisation de couleurs puissantes, témoignent d’un réalisme empreint d’une force et d’une douceur toutes féminines.
La nature morte que vous voyez ici est sensuelle, intense, presque étouffante. Cela tient aux synesthésies (mélange des sens) par lesquelles se confondent les nombreux éléments, représentés en gros plan, dans des couleurs fortes et contrastées, qui la composent. L’aspect clos du tableau, avec la présence en arrière-plan de drapées, de légers branchages et de jambes nues, contribue à cette sensation, conférant un caractère érotique à l’ensemble.
Coucher de soleil sur l’Adriatique, Ali Boron, 1910

Remarqué par la critique lors du Salon des Indépendants de 1910, chef de fil de l’Excessivisme, Ali Boron est un habitué du Lapin Agile, dont le tenancier, Frédé, aime à lui donner de quoi brouter tous les jours.
Stimulé par l’émulation artistique qui souffle sur la Butte Montmartre, l’artiste appelle au renouveau – pour ne pas dire au sursaut – de la peinture. Il pense, en effet, que cette dernière, phoenix incandescent, doit renaître de ses cendres, apportant aux Hommes l’excès salvateur.
Le tableau qui vous est ici présenté se fonde sur une superposition de formes, créées à partir de jeux de couleurs vives. C’est à la seule force de ces dernières, brossées par de vifs coups de queue, que l’on doit l’aspect de profondeur. Toutefois, aucune échappatoire ne semble émaner de l’œuvre : nous contemplons bien là le furieux réveil des éléments. Le ciel s’embrase d’écarlates, de pailles et de carottes, incendiant de ses boules de feu les flots indomptables. Quand ces derniers, libérés du joug de la tradition, osent dès lors jaillir du roc pour s’unir à l’astre sublime !
Dans un café, Edgar Degas, 1875-1876

Coutumier des cafés Guerbois et de la Nouvelle Athènes, Edgar Degas affectionne le quartier des peintres de Montmartre, où il sera enterré, en 1917.
C’est dans le « Café des Impressionnistes » qu’il peint cette scène de la vie quotidienne, prise sur le vif, un peu à l’image d’une photographie. Les tons sinistres, le cadrage décentré des deux personnages, leurs expressions et attitudes corporelles d’un réalisme trivial convergent en la représentation d’une déchéance et d’un isolement saisissants.
Le regard « vrai » et sans complaisance que le peintre porte sur la scène témoigne du naturalisme alors en vogue à cette époque où la misère sociale
amenait bon nombre de ses contemporains à fuir la réalité dans l’absinthe. Cet alcool, fort de 72 degrés, fut interdit, du fait des ravages qu’il provoquait,
en 1915.
Don Quichotte, le moulin, Salvador Dalí, 1956-1957

Habitant du 7 rue Becquerel, un appartement qu’Éluard avait trouvé pour Gala, celle sans qui « tout était fini », Salvador Dalí s’y fait appeler « l’Empereur de Montmartre ».
C’est dans les rues du quartier des peintres qu’il crée, lors d’un court-métrage qui a pour but « d’illustrer paranoïaquement tout le mystère électrique de la liturgie de cette scène», la première estampe d’une série interprétant les aventures de Don Quichotte. Quel meilleur endroit, en effet, que Montmartre, son folklore, sa poésie et ses moulins, pour faire vivre de son génie celui de Cervantès ?
La lithographie que vous voyez ici (exposée dans l’espace qui est consacré à l’artiste au 11 rue Poulbot) est réalisée à partir de l’association délirante de deux cornes de rhinocéros et de pain imbibé d’encre.



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