La ville de Paris est certes internationalement connue pour ses musées, mais également pour sa richesse architecturale. Les constructions parisiennes traversent toutes les époques, du Moyen-Âge à nos jours. Mais l’époque la plus représentée reste le XIXe siècle : les immeubles des boulevards haussmanniens, à l’esthétique très uniforme et réglementée, constituent la majorité du paysage urbain… Cependant, quelques pépites de ce style étonnamment ouvragé que l’on appelle « l’Art Nouveau » émaillent les rues de la capitale. Il ne tient qu’à vous de les découvrir en vous baladant dans le quartier.
Voici l’adresse de quelques superbes bâtiments dont vous pourrez apprécier gratuitement l’architecture Art Nouveau à Paris.
Qu’est-ce que l’Art Nouveau ?
Associé à l’idée Fin-de-Siècle de la modernité, ce mouvement très éphémère, mais non moins productif, s’étend de la période de 1890 à 1910 en France. En réaction à l’industrialisation de la société, ce courant artistique total, précurseur du design, prône une esthétisation du quotidien. Il propose des décors et une panoplie d’objets très ouvragés et stylisés : ses racines puisent dans le baroque et le néo-gothique, empruntant la plupart du temps des motifs floraux, des dorures, des arabesques. Certains critiques, se moquant de ce qu’ils considèrent comme des fioritures inutiles, rient de l’Art Nouveau en le surnommant « art nouille » (jeu de mot sur l’anglais « new »).
En effet, l’Art Nouveau est une vague internationale : il est impulsé par le mouvement Arts and Crafts de William Morris et les préraphaélites britanniques ; puis en parallèle fleurissent le Modernismo catalan en Espagne (Gaudi), le Jugendstil en Allemagne (Alfons Mucha)… Il évoluera par la suite au gré des échanges transatlantiques avec les Etats Unis après le conflit mondial, vers un style plus géométrique, appelé Art Déco (voir notre article « L’architecture Art Déco à Paris » à ce sujet).
Qu’est-ce que l’architecture Art Nouveau ?
En architecture, le style parisien se manifeste comme une réaction à la standardisation des immeubles haussmanniens. Très réglementés, leur façade en pierre de taille varie de 12 à 20m de haut et ne doit pas dépasser les six étages. De plus, ils observent une dégradation du niveau de vie avec la montée. La capitale compte alors plus de 40 000 logements réalisés suivant les directives du Baron Haussmann, aujourd’hui environ 60% des immeubles de la capitale. L’Art Nouveau impose alors sa liberté et son exubérance : il s’agit de réconcilier industrie et arts, dans un « art industriel » que pourrait incarner l’architecture (à l’époque indissociée de la décoration d’intérieur).
Le représentant du courant français est Hector Guimard, qui se baptisait lui-même « architecte d’art » . Il est grandement inspiré par les fantaisies de son maître Viollet-le-Duc et sa rencontre avec le belge Victor Horta. Il concilie donc dans un geste moderne verre et métaux, céramiques et couleurs (orange et vert principalement), ligne « coup de fouet » et inspiration végétale.
L’architecture Art Nouveau à Paris
Les stations de métro
De très nombreuses stations de « métropolitain » (plus de 160) arborent ce style chatoyant dit « style Guimard », emblématique du chic parisien. La station Dauphine (dans le 16ème arrondissement) est encore intacte. Son auvent en verre la fait ressembler à une libellule.

Durant le conflit mondial, on les délaissera. Par la suite, on les remplace progressivement par les stations du « style Dervaux » plus Art Déco.
Le Castel Béranger
Fini en 1898, l’immeuble que l’on appelle le Castel Béranger est le chef d’oeuvre inaugurale de Guimard. Ses audaces architecturales sont nombreuses : asymétrie, ferronnerie ondoyante, mélange de matériaux, décoration intérieure (papier peint, poignées de portes ou tapis). Elles le conduisent à être surnommé le « Castel dérangé ».

L’immeuble Lavirotte (dans le 7e arrondissement)
Cet immeuble extraordinaire est une débauche d’architecture par Jules Lavirotte entre 1900 et 1901.

Ses entrelacs de végétaux, de formes animales et de figures mythologiques sont une ode suggestive au vitalisme…
14 rue d’Abbeville (dans le 10e)
Albert et Edouart Autant (père et fils) réalisent en 1901 ce bâtiment de six étages à la façade abondamment décorée de végétation luxuriante et de plantes grimpantes.

Les céramiques furent commandées à Alexandre Bigot, décorateur de nombreux immeubles et monuments à Paris, dont l’Eglise St Jean de Montmartre.
L’église Saint-Jean de Montmartre (dans le 18e arrondissement)
Sollicité pour construire une église complémentaire pour les fidèles, l’architecte Anatole de Baudot innove doublement. En effet, il opte pour un matériau encore inhabituel, le ciment armé, ancêtre du béton armé. De plus, il décore abondamment de mosaïques typiques du mouvement Art Nouveau ce lieu de culte.
Pour découvrir l’histoire de cette magnifique église, et explorer le quartier en s’amusant, nous vous recommandons également notre escape game dans Montmartre.
L’ « immeuble-cathédrale » de la rue Réaumur (dans le 2e arrondissement)
Cette rue située dans le coeur de Paris devint le théâtre du renouvellement de l’urbanisme post-Haussmann. Cette façade, plutôt typée néo-gothique et assez régulière en comparaison des délires de l’Art Nouveau, imite une cathédrale .

Des mosaïques représentant les douze signes du zodiaque couvrent le cadran de l’horloge.
La Samaritaine (dans le 1er arrondissement)
Grand magasin fondé en 1870 par Ernest Cognacq, il incarne tout l’esprit parisien de la modernité, permettant la flânerie et l’agrément de la nouvelle consommation.

Bonne exploration de l’architecture Art Nouveau à Paris !



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